Résumé
En Inde, l’élevage constitue une source de revenus de subsistance cruciale pour les populations rurales, en plus de jouer un rôle important dans l’économie nationale et d’assurer la sécurité de l’approvisionnement alimentaire ; ce secteur contribue à hauteur de 30,87 % à la valeur ajoutée brute agricole du pays. L’Inde compte parmi les premiers producteurs mondiaux de lait, de viande et d’œufs, mais sa productivité est freinée par les maladies, par l’hétérogénéité des compétences et par les défis liés au climat. Pour répondre à ces enjeux, l’Inde a mis en place le Cadre national des qualifications professionnelles (NSQF) et élaboré des normes professionnelles nationales (NOS) via le Conseil indien pour les compétences en agriculture (Agriculture Skill Council of India, ASCI), instituant ainsi une approche structurée de la formation et de la certification de la main-d’œuvre. Plus de 280 000 candidats ont été formés à des métiers en lien avec l’élevage, y compris les professions para-vétérinaires, conformément aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). En 2024, le référentiel des qualifications pour les prestataires de services en élevage (Livestock Service Provider Qualification Pack, LSP QP) a été révisé pour intégrer des compétences relevant des soins de prévention, de la lutte contre les maladies, des premiers secours et de la vulgarisation vétérinaire, afin d’harmoniser les programmes d’enseignement et de promouvoir leur reconnaissance à l’échelle internationale. Des données factuelles ont montré que le développement des compétences se traduit par des revenus et rendements accrus ainsi que par une meilleure qualité des services, en plus de permettre l’intégration concrète des principes Une seule santé. L’expérience indienne démontre que les normes professionnelles nationales contribuent à professionnaliser les paraprofessionnels, à renforcer le bien–être animal et à mettre en place des systèmes d’élevage plus résilients face au climat et davantage axés sur les questions de bien–être ; cet accomplissement fournit un modèle opérationnel de développement de la main-d’œuvre vétérinaire.
Le secteur de l’élevage contribue à hauteur de 30,87 % à la valeur ajoutée brute agricole de l’Inde [1] et joue un rôle central tant pour les revenus de subsistance ruraux que pour l’économie nationale. Au–delà de sa contribution à l’économie, l’élevage est garant de la sécurité alimentaire et de la résilience nutritionnelle, permettant à des millions de ménages à travers le pays de subvenir à leurs besoins. L’Inde figure parmi les principaux producteurs mondiaux de lait, de viande, d’œufs et de poisson ; cette dynamique de croissance est alimentée par la demande en protéines, par les exportations et par la promotion de produits à valeur ajoutée. Cependant, la productivité indienne reste entravée par les maladies, par des niveaux de compétence hétérogènes et par les défis liés au changement climatique. Les avancées technologiques et la possibilité de recourir à des services vétérinaires hautement qualifiés sont donc les conditions indispensables à la croissance pérenne de ce secteur.
Le cadre de développement des compétences de la main–d’œuvre en Inde
L’agriculture et les secteurs connexes — dont l’élevage (produits laitiers, volaille et petits ruminants), la pêche, l’horticulture et la sylviculture — emploient environ 43 % de la main–d’œuvre indienne [2]. Le développement d’une main–d’œuvre qualifiée et productive est donc déterminant pour préserver les moyens de subsistance des populations dépendant de ces secteurs et l’économie rurale. Si le secteur de l’élevage contribue à la création de revenus, à l’emploi des femmes et à la productivité agricole, d’importantes lacunes persistent pour ce qui a trait aux compétences. Il ressort des évaluations nationales que seule une faible proportion de la main-d’œuvre a bénéficié d’une formation professionnelle formelle, la couverture étant particulièrement limitée dans le domaine agricole. En outre, nombre de ménages agricoles, en particulier les petits exploitants, n’ont pas suffisamment accès aux conseils techniques et aux services de vulgarisation spécifiques à la production animale (avec notamment un manque d’orientations en matière d’alimentation animale et de nutrition, de bâtiments d’élevage, de biosécurité, de gestion de l’exploitation et de soins de prévention, et une méconnaissance des dispositifs existants).
L’Inde a cherché à combler ces lacunes en mettant en place un système national reliant l’offre d’éducation et de formation professionnelle aux compétences requises sur les lieux de travail. Introduit en 2013 et fondé sur les compétences, le Cadre national des qualifications professionnelles (National Skills Qualifications Framework, NSQF) organise les différentes qualifications en fonction des résultats d’apprentissage définis pour chacune d’elles ; de plus, il facilite la progression des apprenants entre l’enseignement formel, la formation professionnelle et le développement des compétences. En 2023, le Cadre national a été actualisé pour s’aligner sur les ambitions de la Politique nationale d’éducation (National Education Policy) de 2020, renforçant ainsi la mobilité des parcours d’apprentissage entre les filières académiques et celles de la formation professionnelle.
L’élément central de ce dispositif est le catalogue des normes professionnelles nationales (NOS) définissant les niveaux de performance, les connaissances et les compétences requis pour chaque fonction ou métier spécifique. Élaborées selon un processus piloté par les acteurs des différentes filières, ces normes visent à garantir que la formation et l’évaluation reflètent les besoins actuels et les pratiques professionnelles du secteur. Les normes professionnelles nationales correspondant à des métiers de même catégorie sont regroupées en référentiels de qualification, lesquels fournissent les critères de base applicables à l’apprentissage axé sur les compétences, à l’évaluation et à la certification en vertu du Cadre national des qualifications professionnelles. Les référentiels de qualification précisent, pour chaque fonction ou poste de travail, les normes professionnelles, les résultats d’apprentissage attendus et le niveau qui lui est associé dans le Cadre national des qualifications professionnelles.
Celui-ci classe les qualifications du niveau 1 au niveau 8, en fonction de la complexité croissante des connaissances, des compétences professionnelles, des aptitudes et des responsabilités attendues des apprenants ou des travailleurs. Les niveaux les plus élevés correspondent à une compréhension théorique plus approfondie, à une compétence technique accrue et à une capacité de décision et autonomie professionnelle plus étendues. Le Conseil indien pour les compétences en agriculture (ASCI), l’un des conseils sectoriels indiens en matière de compétences professionnelles, applique ce cadre aux secteurs agricole et connexes, y compris l’élevage, en développant des normes professionnelles et des référentiels de qualification et en soutenant l’harmonisation des programmes, des modalités d’évaluation et des dispositifs de certification.
Comment l’ASCI développe les compétences de la main
En sa qualité d’organisme certificateur reconnu par le Cadre national des compétences professionnelles, l’ASCI définit les normes de qualification et certifie les compétences requises en agriculture et dans les secteurs connexes. Il est composé d’acteurs du secteur agricole, du monde universitaire et de représentants des pouvoirs publics et agit en faveur du développement des compétences, de l’inclusion et de l’esprit d’entreprise au travers de plus de 800 centres de formation et 1 000 évaluateurs certifiés. L’ASCI a élaboré plus de 160 référentiels de qualification couvrant des domaines tels que la production, la machinerie, les marchés, la gestion après récolte et la technologie. Plus de 280 000 candidats ont été formés à des métiers liés au bétail et à l’élevage (voir Tableau 1), les référentiels de qualification pertinents couvrant toute une gamme de fonctions allant de la production animale à la santé animale (voir Tableau 2). Dans 27 États et territoires de l’Union, l’ASCI assure également l’harmonisation des programmes scolaires et universitaires par rapport à 25 de ses référentiels de qualification, conformément à la Politique nationale d’éducation.
L’action de l’ASCI s’étend aux nouvelles compétences et aux enjeux émergents. Ainsi, dans le cadre d’un projet de coopération indo–australien pour le développement des nouvelles compétences cruciales dans le domaine agricole en Inde [5], des experts indiens et australiens ont travaillé de concert à la définition de nouvelles fonctions et élaboré les programmes et contenus de formation s’y rapportant. Le projet a ainsi conçu des cours formant à des métiers tels qu’agent de vulgarisation en agriculture numérique et praticien en agriculture bas–carbone, ainsi que 20 normes professionnelles nationales et micro–certificats axés sur les énergies renouvelables, les émissions de gaz à effet de serre et l’approche Une seule santé. Ces cours et certificats sont ouverts à l’ensemble des candidats éligibles en Inde.
Les référentiels de qualification énumérés au Tableau 2 intègrent, en tant que normes transversales, le bien–être animal (soins préventifs, lutte contre les maladies et manipulation tenant compte du bien-être animal), la biosécurité (vaccination, hygiène et sécurité des systèmes de production), la sécurité au travail (pratiques sécurisées de manipulation des animaux, gestion des catastrophes et santé au travail) et la durabilité (pratiques résilientes face au changement climatique, énergies renouvelables et valorisation des déchets). Prises ensemble, ces normes contribuent à professionnaliser la main-d’œuvre en s’assurant que les éleveurs, les paraprofessionnels et les autres intervenants sont formés non seulement aux compétences techniques, mais aussi à l’exercice de pratiques responsables, respectueuses du bien–être animal et tenant compte des exigences de sécurité.
L’ASCI élabore les référentiels de qualification sur la base de données probantes et des contributions de chercheurs, du monde académique et des responsables du secteur ; les référentiels sont révisés tous les trois ans. Une révision notable concerne le référentiel de qualification pour les prestataires de services en élevage (LSP), qui a été mis à jour en novembre 2024 (voir Encadré 1) afin d’intégrer les préconisations figurant dans les Lignes directrices pour les compétences et le cursus de formation des Agents communautaires de santé animale (ACSA) de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) [6]. Le référentiel de qualification décrivant les fonctions des prestataires de services en élevage et des ACSA couvrent les soins préventifs aux animaux, la lutte contre les maladies, les premiers secours, la vulgarisation vétérinaire, la gestion des catastrophes et les services de santé publique.
Impact du dispositif NSQF/NOS sur le développement des compétences
La formation des éleveurs sur la base des référentiels de qualification mis en place par l’ASCI a entraîné des hausses de revenus, de meilleurs rendements et des pratiques de gestion plus efficaces. Lors d’une enquête menée auprès de 50 exploitants ayant suivi une formation, les participants opérant à leur compte ont déclaré une augmentation de leurs revenus de 25 à 35 %, et la majorité des stagiaires ont recommandé les programmes de développement des compétences de l’ASCI en raison des bénéfices apportés. Avant la formation, les connaissances des participants en matière de soins aux animaux et de prévention des maladies étaient limitées ; après la formation, 75–85 % des bénéficiaires maîtrisaient des notions avancées et plus de 90 % s’étaient familiarisés avec les protocoles de vaccination [3].
À mesure que le secteur de l’élevage adopte de nouvelles technologies, il aura de plus en plus besoin d’une main-d’œuvre qualifiée, ce qui rend la formation continue indispensable. La certification et la reconnaissance professionnelle des paraprofessionnels ont contribué à améliorer la qualité des services, tandis que les communautés rurales ont bénéficié de soins de prévention et de mesures de lutte contre les maladies plus proactifs. L’alignement sur les principes Une seule santé a également permis d’intégrer les dimensions animale, humaine et environnementale de la santé [7, 8].
La formation par compétences ouvre par ailleurs des passerelles vers l’enseignement supérieur. La Banque de crédits académiques (ABC) mise en place par le gouvernement indien permet aux candidats certifiés de valider des crédits académiques [4]. La Politique nationale d’éducation autorise le transfert de ces crédits entre la formation professionnelle et l’enseignement formel. Par exemple, un apprenant ayant suivi une formation de Skill India en gestion d’exploitation laitière peut voir les crédits correspondants enregistrés dans son compte ABC. Si par la suite il s’inscrit en licence de science de la production laitière ou dans tout autre programme diplômant en lien avec l’agriculture, les crédits précédemment acquis pourront être transférés, ce qui vaut reconnaissance de sa formation professionnelle dans le système formel et allège d’autant son parcours dans le nouveau cursus.
La formation des éleveurs a entraîné des hausses de revenus, de meilleurs rendements et des pratiques de gestion plus efficaces.
Perspectives pour l’avenir : transformer les compétences en progrès durable
En Inde, le secteur de l’élevage vise désormais une croissance durable et axée sur la qualité de vie grâce au développement des compétences, à l’innovation technologique et à l’alignement sur les normes internationales. Les principales priorités portent sur la promotion d’une meilleure santé des cheptels et sur une production alimentaire plus sûre grâce à des pratiques d’élevage et de santé animale fondées sur la science, parallèlement au renforcement de la prestation de services par le biais d’une professionnalisation des agents de santé animale de terrain via une formation par compétences et une certification reposant sur des normes professionnelles nationales. La transformation numérique ouvre également de nouvelles perspectives avec des services de télé-vétérinaire, des systèmes de gestion électronique des dossiers et des technologies émergentes telles que la surveillance par drones. Dans la même lancée, les efforts visant à renforcer la résilience face au changement climatique et à orienter l’élevage vers des systèmes réduisant les émissions de gaz à effet de serre contribuent aux ambitions nationales de neutralité carbone. Un meilleur alignement sur les normes et bonnes pratiques internationales peut encore accroître la qualité, la crédibilité et la reconnaissance mondiale du secteur indien de l’élevage.
La mise en œuvre par l’Inde du Cadre national des qualifications professionnelles et des normes professionnelles nationales démontre qu’un système normatif structuré peut remédier aux lacunes de compétences de la main-d’œuvre et soutenir la production et la santé animale dans une perspective de durabilité. En formalisant l’acquisition et la reconnaissance des compétences des agents de santé animale de terrain, cette initiative a contribué à améliorer la qualité des services et à renforcer la résilience du secteur de la production et de la santé animales.
Cependant des défis subsistent. La couverture de l’offre de formations reste limitée et les difficultés d’accès à celles-ci, ainsi que leur coût, peuvent restreindre la participation, en particulier celle des petits exploitants. Il y a également matière à améliorer le cadre juridique et les conditions de travail des agents de santé animale de terrain. Enfin, si certaines normes transversales — bien-être animal, biosécurité, sécurité au travail et durabilité — sont d’ores et déjà intégrées dans les programmes de formation, leur mise en œuvre reste inégale selon les régions. Il est indispensable de relever ces défis pour que les bénéfices du cadre de compétences indien profitent à un plus grand nombre de travailleurs et de communautés.
Traduit de l’original en anglais.
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Références
[1] Département de l’élevage et des produits laitiers, Ministère des Pêches, de l’Élevage et des Produits laitiers, Gouvernement de l’Inde. Annual Report 2025-26. New Delhi (Inde) : Department of Animal Husbandry and Dairying, Ministry of Fisheries, Animal Husbandry and Dairying, Government of India ; 2026. Disponible en ligne : https://dahd.gov.in/sites/default/files/2026-04/AnnualReport2025-26.pdf (consulté le 7 août 2026).
[2] Office national des statistiques, Ministère des Statistiques et de la Mise en œuvre des Programmes, Gouvernement de l’Inde. Annual Report, Periodic Labour Force Survey (PLFS) 2024-25. New Delhi (Inde) : Ministry of Statistics and Programme Implementation, Government of India ; 2025. Disponible en ligne : https://www.mospi.gov.in/sites/default/files/publication_reports/PLFS_Changes-in-2025_rev.pdf (consulté le 7 août 2026).
[3] Conseil indien pour les compétences en agriculture (ASCI). Skill Gap Analysis in Indian Dairy Sector. Gurugram (Inde) : Agriculture Skill Council of India ; 2024. Disponible en ligne : https://asci-india.com/img/environmental-scan-&-skill-gap/Skill%20Gap%20Analysis%20in%20Indian-Dairy%20Sector-Draft.pdf (consulté le 7 août 2026).
[4] Gohain MP. New framework offers credit accumulation from Class 5 to PhD level. Times of India, 11 avril 2023. Disponible en ligne : https://timesofindia.indiatimes.com/education/news/new-framework-offers-credit-accumulation-from-class-5-to-phd-level/articleshow/99414258.cms (consulté le 7 août 2026).
[5] Université d’Adélaïde, Conseil indien pour les compétences en agriculture (ASCI). Developing critical agricultural skills in India: scoping study report. Adélaïde (Australie) : The University of Adelaide ; 2022. Disponible en ligne : https://asci-india.com/img/environmental-scan-&-skill-gap/DCASCI%20Report.pdf (consulté le 7 septembre 2026).
[6] Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Lignes directrices pour les compétences et le cursus de formation des Agents communautaires de santé animale. Paris (France) : OMSA ; 2024. https://doi.org/10.20506/woah.3548
[7] Kumar V, Meena HR, Singh J, Kar P. Enhancing livestock health services in India: an analytical study of para-veterinary workforce and service delivery. Indian J. Anim. Sci. 2025;95(12):1115–1122. https://doi.org/10.56093/ijans.v95i12.172339
[8] Kumar V, Meena HR, Kadian KS, Sankhala G, Mohanty TK, Lathwal SS, et al. Performance, proficiency, and training need of para-vets in the four states of India. Indian J. Anim. Sci. 2021;91(12):1089–1102. https://doi.org/10.56093/ijans.v91i12.119834