Lorsque nous parlons du changement climatique, nous imaginons souvent les images habituelles : la fonte des calottes glaciaires, les forêts ravagées par les incendies ou les terres agricoles craquelées par la sécheresse. Pourtant, une autre histoire se déroule discrètement en arrière-plan — une histoire qui touche chaque écosystème, chaque système alimentaire et, en fin de compte, chacun d’entre nous.
Le changement climatique transforme profondément la santé animale. Les maladies apparaissent dans des régions où elles n’avaient jamais été observées auparavant, le stress thermique pousse les animaux d’élevage à leurs limites, et la faune sauvage est de plus en plus exposée à de nouvelles menaces sanitaires à mesure que les écosystèmes évoluent. Cette réalité est illustrée par la propagation récente de l’influenza aviaire dans des régions jusque-là épargnées, y compris l’Antarctique.
Mais voici ce qui est essentiel : la santé animale n’est pas seulement une victime supplémentaire de la crise climatique. Elle constitue également une puissante ligne de défense. Des systèmes vétérinaires solides — soutenus par des effectifs vétérinaires suffisants et bien dotés en ressources — permettent de détecter rapidement les menaces émergentes, de protéger les approvisionnements alimentaires et d’aider les communautés à s’adapter à un monde où les phénomènes climatiques extrêmes deviennent la norme.
À l’approche de 2030, intégrer la santé animale aux stratégies climatiques n’est plus une option. C’est un investissement stratégique en faveur de systèmes alimentaires durables et résilients face au changement climatique.
1. Le changement climatique menace de plus en plus la santé animale
Le changement climatique accélère la propagation et l’intensité des maladies animales. L’augmentation des températures et la modification des régimes de précipitations élargissent la répartition géographique des vecteurs tels que les moustiques, les tiques et les phlébotomes. Rien qu’en Europe, près de 700 foyers de maladies à transmission vectorielle ont été enregistrés en une seule année, alors que des agents pathogènes comme la fièvre du Nil occidental, la fièvre catarrhale ovine et la leishmaniose se sont installés dans de nouveaux niches écologiques.
Le stress thermique affaiblit également l’immunité, réduit la productivité et accroît la sensibilité aux maladies endémiques comme émergentes. Ces pressions combinées créent un effet multiplicateur : le changement climatique amplifie les risques biologiques plus rapidement que les systèmes de surveillance actuels ne peuvent les suivre.
2. Des animaux en bonne santé permettent des systèmes alimentaires plus efficaces et plus résilients
L’élevage représente environ 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais l’amélioration de la santé animale est l’un des moyens les plus efficaces de réduire l’intensité des émissions. Les animaux malades ou stressés nécessitent davantage d’aliments, d’eau et d’énergie pour produire la même quantité de viande, de lait ou d’œufs.
La mortalité, la baisse de fertilité et les pertes de production liées aux maladies se traduisent par des « émissions non productives » — des gaz à effet de serre émis sans production alimentaire associée. En réduisant la charge des maladies, en améliorant le bien-être animal et en renforçant les soins préventifs, les pays peuvent diminuer les émissions par unité de produit tout en utilisant moins de ressources naturelles.
Investir dans la santé et le bien-être animal constitue une action climatique directe, car des animaux en meilleure santé convertissent plus efficacement les aliments, nécessitent moins d’intrants et génèrent moins d’émissions « non productives » liées à la mortalité et aux maladies. La santé animale est donc à la fois une stratégie d’atténuation et d’adaptation, améliorant l’efficacité tout en aidant les producteurs à faire face à la variabilité climatique.
3. Les services vétérinaires sont un outil climatique essentiel mais souvent sous-estimé
Les services vétérinaires constituent la pierre angulaire de la détection précoce et de la réponse rapide aux maladies sensibles au climat. Leur rôle va bien au-delà des soins cliniques : ils assurent la surveillance épidémiologique, font respecter les mesures de biosécurité, coordonnent les réponses d’urgence et protègent les chaînes d’approvisionnement alimentaire lors des chocs climatiques.
Dans des pays comme le Bangladesh, les équipes vétérinaires mobiles sont devenues indispensables après les inondations et les cyclones, en prévenant les transmissions de maladies et en stabilisant les moyens de subsistance dépendant de l’élevage. À mesure que les phénomènes climatiques extrêmes s’intensifient, des systèmes vétérinaires résilients réduisent la vulnérabilité, protègent les économies rurales et renforcent la préparation nationale face aux menaces biologiques.
4. Différents systèmes de production font face à des défis climatiques et sanitaires distincts
Les politiques climatiques doivent reconnaître que les systèmes de production animale sont très diversifiés et nécessitent des approches de gouvernance adaptées au contexte. Les systèmes pastoraux sont confrontés à des « déplacements induits par le climat », où les sécheresses obligent des migrations non planifiées qui perturbent la traçabilité nationale et augmentent les risques de maladies transfrontalières. Les systèmes intensifs sont de plus en plus touchés par le stress thermique, qui affaiblit la réponse vaccinale et modifie le comportement des animaux. Les systèmes aquacoles sont menacés par le réchauffement des eaux, qui favorise les proliférations d’algues nocives et réduit les niveaux d’oxygène, entraînant des mortalités massives de poissons et une augmentation de l’incidence des maladies.
Reconnaître ces différences est essentiel pour concevoir des réponses climatiques efficaces. Dans tous les systèmes, une gouvernance solide de la santé animale améliore l’efficacité, réduit les risques et soutient la résilience à long terme.
5. Intégrer la santé animale dans les politiques climatiques
Malgré son importance, la santé animale est souvent absente des négociations climatiques internationales et des engagements climatiques nationaux. Pour construire des systèmes alimentaires véritablement résilients, les pays doivent intégrer les données de santé animale dans les modèles de risques climatiques, la planification de l’adaptation et les systèmes d’alerte précoce. Cela implique de renforcer la surveillance des maladies — potentiellement grâce à des outils de déclaration assistés par l’intelligence artificielle — d’améliorer la qualité des données utilisées pour les inventaires de gaz à effet de serre et de garantir un accès équitable aux services vétérinaires pour les petits producteurs, y compris les femmes dans les zones mal desservies. Un passage d’une approche réactive à une approche prédictive, fondée sur le concept « Une seule santé » (One Health), est essentiel pour gérer les risques interconnectés liés au changement climatique, à l’insécurité alimentaire et aux zoonoses émergentes.
L’intégration de la santé animale dans les politiques climatiques et de durabilité est fondamentale pour l’avenir de la sécurité alimentaire mondiale. En s’attaquant à l’évolution des dynamiques des maladies, en améliorant l’efficacité de la production et en renforçant la gouvernance vétérinaire, les pays peuvent construire des systèmes alimentaires à la fois résilients et respectueux de l’environnement. À mesure que les pressions climatiques s’intensifient, reconnaître la santé animale comme un pilier stratégique de l’action climatique est essentiel pour protéger la diversité des systèmes de production et préserver les moyens de subsistance ruraux. Une infrastructure vétérinaire solide n’est pas seulement une priorité sanitaire — c’est un pilier du développement durable dans un monde qui se réchauffe.
The Animal Echo vise à promouvoir la compréhension individuelle et collective de la santé et du bien-être des animaux. Nous vous présentons des idées et des opinions d’experts en matière de santé et de bien-être des animaux dans le monde entier. Les opinions exprimées dans The Animal Echo sont celles de(s) auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’OMSA.