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Durée de lecture : 9min

Sur des ailes ou des sabots : la migration animale, au rythme de la nature

Migration_birds flying over a lake in Kenya

publié le

07/22/2026

écrit par

Dr Junaidu Maina

Le Dr Maina est vétérinaire et a exercé dans diverses fonctions, prenant sa retraite en 2009 en tant que vétérinaire en chef et délégué du Nigeria auprès de l’OMSA. Il est diplômé de l’Université de médecine vétérinaire de Budapest, Hongrie, et possède une vaste expérience dans le contrôle des maladies animales ainsi que dans la conception et la gestion des systèmes de production pastorale.

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Nous protégeons les voyages des oiseaux à travers les continents, mais nous restreignons souvent les déplacements des pasteurs à travers les territoires. Pourtant, ces deux formes de migration reflètent les rythmes de la nature. La différence résiderait-elle dans la manière dont nous gouvernons la mobilité ?

« La rivière ne refuse pas de couler parce que des pierres se trouvent sur son chemin.» Ce proverbe africain illustre l’inévitabilité de la migration et l’inutilité de criminaliser ce qui est naturel.

Chaque année, le Nigeria accueille des milliers d’oiseaux migrateurs le long de la voie de migration de l’Atlantique Est. Ils voyagent depuis l’Europe jusqu’au Sahel et à l’Afrique subsaharienne, faisant halte dans des zones humides telles que Hadejia–Nguru, avant de poursuivre leur route à travers forêts et déserts. Leur arrivée est célébrée comme l’un des grands spectacles de la nature. Les gouvernements protègent leurs habitats, les défenseurs de l’environnement valorisent leurs parcours et les photographes immortalisent leur beauté. Même de simples différends impliquant des ornithologues peuvent susciter une attention internationale, témoignant de la sympathie mondiale dont bénéficient les oiseaux migrateurs.

Les oiseaux migrateurs sont à juste titre considérés comme des merveilles écologiques. Pourtant, ils peuvent également transporter des agents pathogènes, notamment des virus de l’influenza aviaire hautement pathogène, qui peuvent occasionnellement se transmettre aux volailles domestiques, provoquant des foyers dévastateurs et d’importantes pertes économiques. Malgré cela, personne ne propose de criminaliser les oiseaux ou de restreindre leur migration. Au contraire, les pays investissent dans le renforcement de la surveillance afin de mieux évaluer l’étendue des infections et de se préparer à réduire le coût des situations d’urgence, car leur valeur écologique est considérée comme supérieure aux risques qu’ils représentent.

Pourtant, lorsque la migration se fait sur des sabots plutôt que sur des ailes, la perception du public change radicalement.

Depuis des siècles, les pasteurs d’Afrique pratiquent la transhumance — une migration saisonnière du bétail à la recherche de pâturages et d’eau. Les systèmes d’élevage pastoral contribuent de manière significative à l’approvisionnement de l’Afrique en viande et en lait, tout en soutenant des millions de ménages à travers le continent. La mobilité n’est pas un élément secondaire du pastoralisme ; elle constitue le fondement même de ce système de production.

Le changement climatique a-t-il rendu la mobilité plus nécessaire que jamais ?

Nulle part cela n’est plus évident que dans le bassin du lac Tchad, qui abritait autrefois près de 30 millions de personnes réparties dans quatre pays. Alors que le lac a perdu près de 90 % de sa superficie, la mobilité n’est plus simplement une tradition, mais une nécessité vitale pour le bétail et les familles pastorales dont la survie en dépend.

Pourtant, contrairement aux oiseaux, dont les migrations inspirent des documentaires et des campagnes de conservation, la mobilité du bétail est encore trop souvent perçue comme une source de désordre, de conflits et d’insécurité, plutôt que comme une adaptation rationnelle à la variabilité climatique. Ce double standard mérite d’être examiné de plus près.

Comment la gouvernance et la mobilité du bétail s’articulent-elles ?

Dans les zones arides d’Afrique, la mobilité permet aux pasteurs d’adapter les déplacements de leurs troupeaux aux ressources saisonnières en pâturage, réduisant ainsi la pression exercée sur une même zone tout en laissant le temps à la végétation de se régénérer. Lorsqu’elle est correctement gérée, elle renforce la résilience des écosystèmes et contribue au maintien de la production animale dans un contexte où les précipitations deviennent de plus en plus imprévisibles.

Les déplacements du bétail ne sont toutefois pas sans risques. Lors d’épisodes de maladies animales transfrontalières, les autorités vétérinaires mettent en place des restrictions de mouvement, des mesures de quarantaine, des inspections et des systèmes de certification avant que les animaux puissent circuler. Ces mesures protègent la santé animale, la santé publique et les échanges commerciaux. Leur efficacité repose sur des Services vétérinaires solides, une gouvernance efficace et une coopération régionale renforcée.

Contrairement aux mouvements de bétail, qui peuvent être encadrés par des mesures telles que la quarantaine et la certification vétérinaire, les agents pathogènes naturellement transportés par les oiseaux migrateurs ne peuvent pas, à ce jour, être contrôlés de manière réaliste à l’échelle internationale. Les deux formes de migration posent donc des défis en matière de biosécurité, même si les risques diffèrent par leur nature, leur ampleur et les moyens de les gérer.

Les conflits liés à la mobilité du bétail sont également bien réels. Les dégâts causés aux cultures, la réduction des terres de pâturage, l’empiètement sur les couloirs de transhumance, l’insécurité en milieu rural, la faiblesse de la gouvernance foncière, les pratiques d’utilisation des terres non durables et le changement climatique ont transformé des systèmes d’usage des terres autrefois fondés sur la négociation en sources récurrentes de tensions entre agriculteurs et pasteurs.

Mais ce n’est pas la mobilité qui a créé le chaos. C’est la négligence des politiques publiques.

Le contraste est frappant. Les voies de migration des oiseaux sont soigneusement cartographiées, surveillées et protégées. Les zones humides bénéficient d’une reconnaissance juridique et d’investissements durables. À l’inverse, les couloirs de transhumance reposent principalement sur des droits d’usage, faiblement protégés, et sont progressivement perdus au profit des exploitations agricoles et des zones d’habitation. Alors que les oiseaux sont célébrés comme des symboles de résilience, la mobilité du bétail est encore trop souvent présentée comme un risque sécuritaire.

Si nous pouvons cartographier les voies de migration dans le ciel et investir dans les habitats des oiseaux migrateurs, nous pouvons également cartographier et protéger les couloirs de pâturage au sol. Si les lois de conservation peuvent protéger des espèces qui traversent les continents, les politiques d’aménagement du territoire devraient également protéger les pasteurs dont les moyens de subsistance dépendent d’une mobilité responsable à travers les paysages.

La migration en elle-même n’est ni héroïque ni criminelle.

Les oiseaux fuient l’hiver à la recherche de nourriture. Le bétail suit les pluies et la végétation à la recherche de pâturages et d’eau. Tous deux répondent à des nécessités écologiques. La différence ne réside pas dans le déplacement lui-même, mais dans la manière dont il est gouverné. Lorsque la migration est anticipée, planifiée et encadrée, elle soutient les moyens de subsistance, préserve les écosystèmes et réduit les conflits. Lorsqu’elle est ignorée ou entravée, les tensions ne peuvent qu’augmenter.

À quoi pourrait ressembler une meilleure gouvernance ?

La voie à suivre est claire : protéger les couloirs de transhumance, investir dans les infrastructures des zones de pâturage, renforcer les Services vétérinaires, moderniser la planification de l’utilisation des terres et encadrer — plutôt que criminaliser la migration.

La planification de l’utilisation des terres soutenue par les technologies numériques, associée à un renforcement de l’intégration agriculture–élevage, à des mécanismes équitables d’indemnisation des dégâts causés aux cultures et à des dispositifs inclusifs de résolution des conflits, peut réduire les concurrences autour de l’accès aux terres et diminuer considérablement les différends entre agriculteurs et pasteurs. Les Communautés économiques régionales doivent également renforcer les cadres permettant une transhumance transfrontalière prévisible et réglementée.

La criminalisation de la transhumance peut sembler une solution séduisante, mais elle ne répond ni aux réalités climatiques ni aux causes structurelles des conflits. Une gestion réfléchie de la transhumance renforce les systèmes alimentaires, protège les moyens de subsistance fondés sur l’élevage, améliore la résilience climatique et favorise une coexistence pacifique.

L’Année internationale des parcours et des pasteurs offre une occasion opportune de repenser les discours dominants. Elle rappelle que les pasteurs ne sont pas des vestiges du passé, mais des acteurs essentiels de la gestion de près de la moitié des terres émergées de la planète. Leur mobilité demeure l’une des adaptations les plus anciennes et les plus efficaces de l’humanité face à la variabilité environnementale.

The Animal Echo vise à promouvoir la compréhension individuelle et collective de la santé et du bien-être des animaux. Nous vous présentons des idées et des opinions d’experts en matière de santé et de bien-être des animaux dans le monde entier. Les opinions exprimées dans The Animal Echo sont celles de(s) auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’OMSA.

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