Scientifique

Analyse

Développement de la main d’œuvre

Durée de lecture : 16min

Comment les organismes vétérinaires statutaires peuvent renforcer les effectifs 

publié le

05/19/2026

écrit par

Rédacteur principal

Jan Vaarten

Après avoir obtenu son diplôme à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université d’Utrecht, aux Pays-Bas, Jan a débuté sa carrière de vétérinaire dans un cabinet mixte avant de se tourner vers l’industrie pharmaceutique, l’Association royale néerlandaise des vétérinaires et le ministère néerlandais de l’Agriculture. De 2003 à 2021, il a occupé le poste de directeur général de la Fédération des vétérinaires d’Europe, et de 2010 à 2020, il a également été secrétaire exécutif de l’Association mondiale vétérinaire (WVA). Aujourd’hui retraité (depuis 2021), il reste actif au sein de l’Association royale néerlandaise des vétérinaires et de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Gand. 

Sarne De Vliegher

Sarne a obtenu son diplôme de vétérinaire (spécialisation en ruminants) à l’Université de Gand, en Belgique, en 1998, puis son doctorat en 2004 avec une thèse consacrée à la mammite chez les génisses. Il est actuellement professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Gand, où il enseigne le droit vétérinaire, l’éthique professionnelle, la gestion de cabinet et l’entrepreneuriat. Il a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein de la profession vétérinaire, notamment celui de président du Conseil régional vétérinaire de la Communauté néerlandophone et de vice-président du Conseil fédéral vétérinaire de Belgique. 

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Résumé 

La médecine vétérinaire joue un rôle central dans la protection de la santé et du bien-être des animaux, de la santé publique, de la sécurité alimentaire et des écosystèmes. Pour assumer ces responsabilités, il faut pouvoir compter sur des effectifs vétérinaires compétents, qualifiés et résilients, capables de relever des défis complexes sur les plans scientifique, éthique et sociétal. Si le développement des effectifs est souvent associé aux pouvoirs publics, aux établissements d’enseignement et aux organisations professionnelles, la contribution des organismes statutaires vétérinaires est fréquemment sous-estimée. Cet article souligne que les organismes statutaires vétérinaires peuvent jouer un rôle plus proactif dans le renforcement des effectifs vétérinaires, au-delà de leur mission traditionnelle de réglementation et de discipline. Grâce à des systèmes d’octroi et de renouvellement des autorisations d’exercice, à la collaboration avec les établissements d’enseignement vétérinaire, à la promotion de codes déontologiques en constante évolution, à l’élaboration de lignes directrices et à la réglementation des paraprofessionnels vétérinaires, les organismes statutaires vétérinaires peuvent contribuer à garantir la qualité professionnelle, l’indépendance et la satisfaction au travail. Des cadres juridiques solides, une gouvernance transparente et une communication efficace constituent des conditions préalables indispensables à l’exercice de cette fonction. En adoptant une approche réglementaire tournée vers l’avenir, les organismes statutaires vétérinaires peuvent contribuer de manière significative à la pérennité des effectifs et à la prestation de services vétérinaires adaptés aux besoins actuels dans l’environnement zoosanitaire.

Au fil des siècles, les soins prodigués aux animaux malades et blessés ont donné naissance à la médecine vétérinaire, une profession qui englobe la santé et le bien-être des animaux, des êtres humains et des écosystèmes. Aujourd’hui, la médecine vétérinaire allie des sciences et des technologies complexes à des questions éthiques tout aussi complexes. Les effets de la médecine vétérinaire du XXIe siècle vont bien au-delà des animaux pris en charge par les vétérinaires et de leurs propriétaires. La prévention et la lutte contre les maladies infectieuses, la garantie de la sécurité sanitaire et de la sécurité alimentaire, ainsi que la protection du bien-être animal sont des questions qui concernent la société dans son ensemble. En tant qu’autorités de régulation vétérinaire, les organismes statutaires vétérinaires jouent un rôle important dans la garantie de la qualité des prestations vétérinaires. Pourtant, leur potentiel est bien plus grand.

Pour relever les défis actuels, il est essentiel de disposer d’effectifs vétérinaires compétents, qualifiés et résilients, capables d’intervenir à tout moment et en tout lieu. La mise en place et le maintien des effectifs vétérinaires à l’échelle mondiale, capables de répondre aux besoins et aux attentes actuels, nécessitent une collaboration étroite entre de multiples organisations et individus. Les gouvernements, les organisations intergouvernementales, les établissements d’enseignement vétérinaire, les opérateurs économiques, les organisations non gouvernementales et les organisations représentant les vétérinaires et les paraprofessionnels vétérinaires, entre autres, doivent collaborer pour atteindre cet objectif commun. Les organisations dont la contribution est parfois sous-estimée ou négligée à cet égard sont les organismes statutaires vétérinaires. 

Les organismes vétérinaires statutaires sont essentiels pour garantir la qualité, l’intégrité et la fiabilité de la médecine vétérinaire. 

De la réglementation au leadership : transcender la discipline

La principale mission de tout organisme statutaire vétérinaire est de garantir la qualité de la médecine et des soins vétérinaires. Parmi les outils utilisés à cette fin figurent l’octroi de licences et l’enregistrement des vétérinaires et des paraprofessionnels vétérinaires, l’établissement des normes pour l’enseignement initial et continu, ainsi que l’élaboration et l’application de normes de conduite professionnelle et éthique. 

Comme l’indique l’outil d’évaluation de la performance des Services vétérinaires de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), le Processus PVS, la régulation de la profession par un organisme statutaire vétérinaire est reconnu comme l’une des compétences essentielles (III.5) des Services vétérinaires d’un pays. Le Processus PVS stipule que l’organisme statutaire vétérinaire doit disposer de l’autorité et des moyens nécessaires pour garantir, de manière efficace et indépendante, le respect des normes d’enseignement et professionnelles applicables aux vétérinaires et aux paraprofessionnels vétérinaires [1]. Le niveau d’évaluation PVS le plus élevé concernant la performance de l’organisme statutaire vétérinaire, à savoir le niveau 5, précise en outre que l’organisme statutaire vétérinaire réglemente et applique des mesures disciplinaires à l’encontre des vétérinaires et des paraprofessionnels vétérinaires dans tous les secteurs à l’échelle nationale [1]. 

Il est important de noter que cette évaluation porte à la fois sur la réglementation et sur l’application des mesures disciplinaires. Cependant, dans de nombreux pays, les organismes statutaires vétérinaires semblent consacrer une part importante de leur activité de réglementation aux procédures disciplinaires. L’examen des plaintes, des problèmes liés à la déontologie professionnelle et des soupçons de manquement à la déontologie vétérinaire mobilise beaucoup de temps et de ressources [2,3]. Bien qu’il s’agisse d’une fonction essentielle des organismes statutaires vétérinaires, cette approche est essentiellement réactive. 

D’une réglementation réactive à une réglementation proactive

Une approche plus proactive de la réglementation de la profession vétérinaire pourrait inclure des initiatives visant à renforcer à la fois les effectifs vétérinaires et la qualité des services vétérinaires. Des services vétérinaires de haute qualité profitent non seulement aux animaux, à leurs propriétaires et à la société dans son ensemble, mais ils améliorent également la satisfaction professionnelle des vétérinaires et des paraprofessionnels vétérinaires. 

Dans le cadre de leur mission d’octroi de licences, les organismes statutaires vétérinaires doivent consulter régulièrement les établissements d’enseignement vétérinaire et les institutions impliquées dans l’enseignement des professionnels vétérinaires et des paraprofessionnels vétérinaires, notamment pour définir les normes d’enseignement. Grâce à leurs membres, les organismes statutaires vétérinaires disposent d’une précieuse vision d’ensemble des besoins potentiels en matière d’enseignement vétérinaire pour les décennies à venir. Cela peut passer par le recours à de nouvelles technologies, telles que l’utilisation de capteurs en temps réel pour surveiller à distance la santé et le comportement des animaux, ou par la prise en compte de questions liées au développement durable, comme la prévention des résidus de médicaments dans l’environnement et la réduction des déchets chirurgicaux. Les organismes statutaires vétérinaires peuvent apporter une contribution essentielle aux établissements d’enseignement vétérinaire et, en gérant les données relatives à l’enregistrement professionnel et à la formation continue, contribuer à la planification nationale des effectifs vétérinaires afin de combler les écarts dans la prestation des services vétérinaires. 

Les organismes statutaires vétérinaires peuvent également attirer l’attention, si nécessaire, sur l’importance de l’éthique en médecine vétérinaire. À une époque où les pressions commerciales influencent de plus en plus les pratiques professionnelles, on part souvent du principe que les forces du marché suffisent à elles seules à garantir les meilleurs résultats. De ce fait, certains aspects moins visibles d’une prise en charge de qualité, notamment les considérations éthiques, peuvent facilement passer inaperçus. L’élaboration de codes déontologiques et la promotion de leur respect revêtent donc une grande importance. Ces codes ne doivent pas être figés, mais rester des documents évolutifs qui s’adaptent au fil du temps aux changements du monde du travail. Ces codes permettent de traiter de nouvelles évolutions, telles que l’émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens ainsi que le développement de l’intelligence artificielle. Par exemple, le Conseil vétérinaire d’Irlande a consacré tout un chapitre de son Code de déontologie des professionnels vétérinaires à l’utilisation responsable des médicaments vétérinaires chez les animaux, en particulier des antibiotiques et des antiparasitaires [4]. Ces codes peuvent également comporter des dispositions relatives à des questions telles que le travail d’équipe au sein de la profession vétérinaire et les bonnes pratiques en matière d’emploi pour les jeunes collègues, ce qui peut contribuer à éviter les déceptions et à fidéliser les effectifs professionnels. Ces codes favorisent la transparence dans le travail et permettent aux bénéficiaires des services vétérinaires de savoir clairement ce à quoi ils peuvent s’attendre et ce à quoi ils ne doivent pas s’attendre. 

La réglementation seule ne suffit pas : les organismes vétérinaires statutaires doivent passer d’une discipline réactive à un leadership proactif. 

De plus, les organismes statutaires vétérinaires peuvent élaborer des protocoles et des lignes directrices adaptés à des situations spécifiques. Ces documents aident les vétérinaires à prendre des décisions professionnelles et à les justifier. Il convient toutefois de noter que le respect des protocoles ne garantit pas nécessairement un service de qualité [5,6]. Les protocoles et les lignes directrices sont comme des panneaux de signalisation : ils sont importants et utiles, mais le jugement professionnel, la vision d’ensemble et la prudence sont tout aussi essentiels. Pour des raisons valables, par exemple afin d’éviter toute souffrance animale, un vétérinaire peut décider de s’écarter d’un protocole relatif à l’utilisation de médicaments vétérinaires. Toutefois, le vétérinaire reste responsable de ces décisions et doit toujours être en mesure d’expliquer et de justifier tout écart, y compris devant un comité disciplinaire. Dans ce contexte, les organismes statutaires vétérinaires doivent encourager activement l’utilisation de systèmes de gestion numérique des dossiers, qui peuvent renforcer la transparence, l’efficacité et la confiance. 

Les organismes statutaires vétérinaires peuvent également intervenir dans les situations où l’indépendance et l’impartialité du vétérinaire sont remises en cause. Cela peut se produire, par exemple, lorsque les vétérinaires sont confrontés à des législations contradictoires ou à l’expansion des fonds d’investissement privés dans le secteur des soins vétérinaires, ce qui comporte à la fois des avantages et des risques. 

Enfin, les organismes statutaires vétérinaires qui ne l’ont pas encore fait doivent accorder une attention particulière à la réglementation des paraprofessionnels vétérinaires. Des paraprofessionnels bien formés, compétents et dignes de confiance constituent un atout précieux et peuvent apporter un soutien considérable au travail des vétérinaires. Par exemple, ils peuvent participer au triage des patients, ce qui permet aux vétérinaires de consacrer davantage de temps aux domaines où leur expertise est la plus nécessaire. Le Collège royal des chirurgiens vétérinaires (RCVS) du Royaume-Uni a inclus dans son Code de déontologie des chirurgiens vétérinaires [5] un article spécifique traitant de la délégation de tâches à des auxiliaires vétérinaires dûment formés et agréés. Par ailleurs, le RCVS a élaboré un Code de déontologie des auxiliaires vétérinaires distinct [7]. 

Une réglementation adéquate des paraprofessionnels vétérinaires contribuera à leur reconnaissance professionnelle et renforcera leur estime de soi, ce qui favorisera leur motivation et leur apportera une plus grande satisfaction professionnelle. 

De l’importance de la communication

Une gouvernance solide au sein des organismes statutaires vétérinaires garantit la crédibilité, l’intégrité, la responsabilité et l’indépendance, en particulier lorsque des pressions sociopolitiques s’exercent sur les professionnels et en cas d’ingérence ministérielle ou de fragmentation institutionnelle. Des processus décisionnels transparents et inclusifs au sein des organismes statutaires vétérinaires renforcent la confiance et garantissent l’adhésion des parties prenantes à la réglementation [8]. C’est pourquoi une excellente communication de la part des organismes statutaires vétérinaires avec leurs membres et leurs parties prenantes est essentielle. Pour bénéficier d’un soutien suffisant dans le cadre de ses actions, l’organisme statutaire vétérinaire doit communiquer de manière cohérente sur son rôle et ses activités. Il est essentiel que les organismes statutaires vétérinaires expliquent dès le début ce qu’ils font et pourquoi ils le font. En ce qui concerne plus particulièrement le fonctionnement des conseils disciplinaires, les organismes statutaires vétérinaires doivent insister sur le fait que leur objectif n’est pas d’entraver l’action des vétérinaires, comme on le perçoit souvent dans la pratique. Un système disciplinaire efficace agit dans les deux sens : il protège les bénéficiaires des services vétérinaires contre les praticiens dont les prestations ne sont pas à la hauteur, tout en protégeant les vétérinaires contre les exigences déraisonnables et les plaintes injustifiées, et en renforçant la confiance du public dans la profession dans son ensemble. 

Dans l’ensemble, les organismes statutaires vétérinaires tournés vers l’avenir, ambitieux et dynamiques ont beaucoup à apporter. Les différentes mesures décrites peuvent être mises en œuvre une par une et, si elles sont correctement appliquées, chacune d’entre elles contribuera à renforcer les effectifs vétérinaires. Cela profitera aux animaux pris en charge par un vétérinaire, à leurs propriétaires, à la société dans son ensemble et, surtout, aux vétérinaires et aux paraprofessionnels vétérinaires. 

Traduit de l’original en anglais. 

Image principale : ©Maria Pilar Martinez Aguerri, Getty Images

Références  

[1] Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Evaluation of Performance of Veterinary Services: PVS Tool. Septième édition. Paris (France) : 2023 ; 67 pp. https://doi.org/10.20506/PVS.3428https://doi.org/10.20506/PVS.3428  

[2] Boissevain IE, van Rooij M, Jongbloed AW, Meijboom FLB, Hesselink JW, Mandigers PJJ. (2022). 15 years of facts and figures on veterinary disciplinary measures in the Netherlands. Front. Vet. Sci. 9:987797.
https://doi.org/10.3389/fvets.2022.987797 

[3] Berg C, Vickers H. (2024). Complaints to the veterinary disciplinary board related to the euthanasia of animals. Front. Vet. Sci. 11:1480106. https://doi.org/10.3389/fvets.2024.1480106 https://doi.org/10.3389/fvets.2024.1480106 

[4] Veterinary Council of Ireland (VCI). Code of Professional Conduct for Veterinary Practitioners. Révisé en avril 2024. Dublin (Irlande) : VCI ; 2025 ; 160 pp. Disponible en ligne : https://cms.vci.ie/wp-content/uploads/2024/11/VCI-Code-of-Conduct-Report-Final-Revised-April-2025.pdf (consulté le 27 avril 2026).

[5] Royal College of Veterinary Surgeons (RCVS). Code of Professional Conduct for Veterinary Surgeons. Londres (Royaume-Uni) : RCVS ; 2025. Disponible en ligne : https://www.rcvs.org.uk/veterinary-professionals/conduct-and-guidance/code-of-professional-conduct-for-veterinary-surgeons (consulté le 27 avril 2026).

[6] Mullan S, Main D. Principles of ethical decision-making in veterinary practice. In Practice. 2001;23(7):394-401. https://doi.org/10.1136/inpract.23.7.394

[7] Royal College of Veterinary Surgeons (RCVS). Code of Professional Conduct for Veterinary Nurses. Londres (Royaume-Uni) : RCVS ; 2025. Disponible en ligne : https://www.rcvs.org.uk/veterinary-professionals/conduct-and-guidance/code-of-professional-conduct-for-veterinary-nurses (consulté le 8 mai 2026).

[8] Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Code sanitaire pour les animaux terrestres. Paris (France) : OMSA ; 2025. Chapitre 3.2. : Qualité des Services vétérinaires ; article 3.2.12. : Commerce international ; et chapitre 3.4. : Législation vétérinaire. Disponible en ligne : https://www.woah.org/fileadmin/Home/fr/Health_standards/tahc/current/fr_sommaire.htm (consulté le 27 avril 2026).

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